« En mer, on ne clique pas toujours sur une appli… »

Denis Richard, président du Comité 50

Denis Richard, président du Comité 50

L’application RecFishing, qui doit permettre de déclarer certaines captures en pêche de loisir, entrera en vigueur avec quelques semaines de retard. Sur les quais de Granville, Barfleur ou Saint-Vaast-la-Hougue, la mesure suscite des interrogations. Denis Richard, président du Comité 50, réagit. Interview.


Cette déclaration va concerner qui, concrètement ?

Denis Richard. Tous les pêcheurs de loisir de plus de 16 ans, dès lors qu’ils capturent une espèce concernée par le dispositif. En Manche, on pense évidemment au bar, au lieu jaune, et à d’autres espèces dites “sensibles”. Et ce ne sera pas chaque poisson pêché, mais certaines espèces ciblées pour un suivi scientifique plus précis.

Pourquoi le report ?

D.R. Parce que l’outil n’est pas totalement prêt. C’est une réglementation européenne adoptée en 2023, avec une mise en œuvre obligatoire d’ici 2026. Mais entre le texte et la réalité du terrain, il faut un outil qui fonctionne. Et en mer, on ne clique pas toujours sur une appli… Quand on est à plusieurs milles au large, avec du vent, du jus et pas de réseau, la priorité ce n’est pas le smartphone.

Sur les quais, ça grince un peu ?

D.R. Oui, forcément. Mais il y a surtout des questions. On nous demande : “On déclare quand ? Tout de suite ? En rentrant au port ?”, “Et si on remet le poisson à l’eau ?”, “Et s’il n’y a pas de réseau ?”. Je crois que les pêcheurs d’ici ne sont pas hostiles par principe. Ils sont habitués à des tailles minimales, des quotas, des fermetures. Ce qu’ils refusent, c’est l’imprécision.

Sur le fond, vous comprenez la démarche ?

D.R. Oui, clairement. Si l’objectif est de mieux connaître les prélèvements, c’est cohérent. On entend parfois que la pêche de loisir pèserait lourd sur certaines espèces. Très bien : alors, mesurons-le sérieusement. Avoir des données fiables peut aussi permettre de sortir des approximations. Mais encore faut-il que les chiffres soient exploités avec transparence.

Y aura-t-il des sanctions ?

D.R. Il y aura des contrôles, comme toujours : OFB, Affaires maritimes, gendarmerie maritime. Mais il est normalement prévu une phase pédagogique. Ce serait une erreur de commencer par sanctionner. Il faut d’abord expliquer, accompagner, installer le réflexe.

Quel sera le rôle du Comité 50 ?

D.R. Être un relais clair. On organisera des réunions dès que l’application sera opérationnelle. On montrera comment ça fonctionne. Et on fera remonter les difficultés du terrain. Parce que pêcher dans La Manche, ce n’est pas pêcher sur un plan d’eau abrité avec du wifi. Les conditions deviennent parfois difficiles, le réseau aléatoire. La réglementation doit tenir compte de cette réalité.

« En mer, la confiance compte autant que la réglementation. »

Donc, en résumé ?

D.R. Les pêcheurs manchois savent que la ressource n’est pas inépuisable. Ils veulent continuer à transmettre une pratique responsable. Mais ils demandent une chose simple : qu’on construise les outils avec eux, pas au-dessus d’eux. Si RecFishing est simple, fiable et utile, il sera intégré. C’est évident. S’il devient une contrainte mal adaptée, il créera de la défiance. Et ça aussi, c’est évident ! En mer, la confiance compte autant que la réglementation.


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