«La mer ne se gère pas depuis un bureau : elle se comprend sur l’eau»

La tribune de Paul Le Pêcheur.

«Samedi matin, je marchais dans les rues de Cherbourg avec une foule que je n’avais pas vue depuis longtemps autour d’un sujet de pêche. Nous étions plus d’un millier, venus de toute la Normandie : des plaisanciers, des pêcheurs à pied, des retraités de la mer, des jeunes qui sortent en bateau le week-end, et même des familles. Tous réunis autour du même sujet : la nouvelle limite de cinq maquereaux par jour et par pêcheur.»

Paul Le Pêcheur représente la pêche maritime de loisir. Qu’on le considère comme une figure symbolique ou non, il est présent à chaque temps fort et cherche à faire entendre la voix des associations et des pêcheurs.

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Ce que j’ai vu à Cherbourg

Depuis plusieurs semaines, la mesure fait grincer des dents dans les ports et sur les cales. Beaucoup d’entre nous ont le sentiment qu’elle a été décidée sans véritable prise en compte de la réalité du terrain. Personne ici ne nie que la ressource doit être gérée. La plupart des pêcheurs que j’ai croisés sont même les premiers à dire qu’il faut rester raisonnables. Mais ce qui pose problème, c’est la manière dont la règle a été conçue.

Dans la manifestation, les discussions tournaient toujours autour du même point : la pêche ne se pratique pas de façon régulière au jour le jour. Une sortie peut se solder par rien du tout, puis la suivante être très productive. Dans ces conditions, une limite quotidienne rigide paraît peu adaptée à beaucoup de pêcheurs. Plusieurs d’entre nous évoquaient des alternatives plus souples : un quota sur une période plus longue, par exemple au mois ou à l’année, qui collerait davantage à la réalité des sorties en mer.

Un autre sujet revenait souvent dans les conversations : le suivi des captures via une application mobile. Sur le papier, l’idée peut sembler simple. Sur le terrain, c’est une autre histoire. Dans certaines associations, les responsables expliquent déjà devoir aider les adhérents à installer et utiliser l’outil, notamment les plus anciens qui ne sont pas forcément à l’aise avec ce type de dispositif.

« Personne ici ne refuse de protéger la ressource. Ce que nous refusons, c’est qu’on décide pour la mer sans écouter ceux qui y vivent. »

Au-delà de la règle elle-même, ce qui inquiète beaucoup de pêcheurs, c’est l’avenir de la pêche de loisir telle qu’on la connaît. Pour beaucoup de familles du littoral, sortir en mer pour attraper quelques poissons reste une tradition, un moment partagé, parfois transmis depuis plusieurs générations. Certains craignent qu’une accumulation de contraintes finisse par décourager les pratiquants — avec des conséquences qui dépasseraient largement la pêche elle-même, jusque dans toute l’économie liée au nautisme.

Ce que j’ai surtout retenu de cette journée, c’est que la mobilisation n’était pas un refus de toute régulation. La plupart des pêcheurs demandent simplement à être associés aux décisions. Beaucoup ont le sentiment que la discussion a été engagée après que la décision était déjà prise.

Dans les rues de Cherbourg, au milieu des banderoles et des conversations animées, une idée revenait souvent : nous ne voulons pas empêcher la gestion de la ressource, nous voulons qu’elle se fasse avec ceux qui vivent la mer au quotidien.

— Paul Le Pêcheur, pour le Comité 50


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