Déclaration des prises : une application, des questions.

Bar (dicentrarchus labrax) @Bjoertvedt

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Retour terrain. Dans les ports de La Manche — à Granville, Barfleur, Carteret ou Saint-Vaast-la-Hougue — le sujet s’est installé progressivement dans les conversations. On en parle à la cale, au retour d’une marée, en rinçant le bateau ou autour d’un café. L’application RecFishing, destinée à déclarer certaines captures de la pêche récréative, n’est plus une hypothèse théorique : sa mise en œuvre est imminente.


RecFishing : comprendre avant de valider

Dans La Manche, “les réactions sont mesurées, ici, on ne conteste pas par principe”, explique Denis Richard, président du Comité 50. Beaucoup reconnaissent qu’une meilleure connaissance des prélèvements peut contribuer à une gestion plus fine des ressources. Mais chacun souhaite comprendre concrètement ce qui va changer. Qui devra déclarer ? À partir de quel âge ? Quelles espèces seront concernées ? Faudra-t-il enregistrer les poissons relâchés ? Comment procéder lorsque le réseau ne passe pas au large ? Ces questions traduisent moins une opposition qu’une demande de lisibilité. La pêche de loisir, dans la Manche, est une pratique encadrée, transmise, structurée. Les tailles minimales, les quotas, les périodes de repos biologique sont globalement respectés. Le no-kill est déjà intégré pour certaines espèces.

« Les réactions sont mesurées. Ici, on ne conteste pas par principe »
— Denis Richard, Président du Comité 50

Dans ce contexte, l’enjeu n’est pas de savoir s’il faut des règles, mais si la réforme apportera un progrès réel dans la gestion des stocks.

Sur le principe, la collecte de données n’est pas illégitime. Les prélèvements récréatifs restent, pour certaines espèces, imparfaitement quantifiés. Disposer de données déclaratives pourrait améliorer les modèles scientifiques. Encore faut-il que l’outil soit adapté aux réalités du terrain. Une procédure trop complexe, instable ou mal expliquée risquerait de produire des données fragiles et de nourrir l’incompréhension.

La question des poissons relâchés en est un bon exemple. La mortalité post-capture existe, mais elle varie selon de nombreux paramètres : profondeur, température, manipulation. Déclarer les relâches peut avoir du sens, à condition que leur exploitation repose sur des hypothèses scientifiques claires et partagées. Sans cela, le risque serait de créer des chiffres discutables, peu utiles à la décision publique.

Pour le Comité 50, la ligne est simple : mieux connaître pour mieux gérer est un objectif légitime. Mais la méthode doit être transparente, proportionnée et réaliste. L’outil devra être accessible à tous, y compris aux pratiquants peu familiers du numérique ou confrontés à l’absence de réseau en mer. Il devra s’accompagner d’une phase pédagogique et d’un déploiement progressif, permettant des ajustements en fonction des retours du terrain.

« Au fond, la question dépasse l’application elle-même »
— Jean Claude Mignot, membre de l'APPD (Port Diélette, Manche)

Jean-Claude Mignot apporte son éclairage : “Au fond, la question dépasse l’application elle-même”. Elle touche plus globalement à la place reconnue à la pêche de loisir dans la gouvernance maritime. Acteur responsable capable de contribuer à la connaissance des ressources ? Ou simple catégorie à encadrer davantage ?

Dans la Manche, les pêcheurs de loisir ne demandent ni privilège ni exemption. Ils demandent de la cohérence, de la clarté et des décisions fondées sur des données solides. Si RecFishing répond à ces exigences, il pourra devenir un outil utile. Dans le cas contraire, il restera perçu comme une contrainte supplémentaire difficilement justifiable.

Le Comité 50 suivra attentivement la mise en œuvre du dispositif et continuera à porter, auprès des fédérations et instances concernées, une parole ancrée dans la réalité du terrain.

Avec le Comité 50, défendons la pêche maritime de loisir dans La Manche, et ailleurs.


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