«Multiplier les quotas arbitraires ne consolide en rien la gestion des stocks»

La tribune de Paul Le Pêcheur.

«Multiplier les quotas arbitraires ne consolide en rien la gestion des stocks ; ça sert surtout à éviter les décisions difficiles là où se concentre réellement la pression sur la ressource. Lorsque la contrainte s’abat sur des acteurs comme nous, dont l’impact est marginal, on essaye plus de protéger les espèces, mais de cibler un symbole fort pour donner l’illusion d’agir.»

Paul Le Pêcheur représente la pêche maritime de loisir. Qu’on le considère comme une figure symbolique ou non, il est présent à chaque temps fort et cherche à faire entendre la voix des associations et des pêcheurs.

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Pêche récréative : impact marginal, symbole sociétal

Une règle contraignante donne l’impression qu’un problème est traité : il y a un chiffre, une interdiction, un contrôle possible, une communication officielle. Pourtant, si la pression principale provient d’autres segments bien plus lourds, la dynamique du stock change à peine. Car, en réalité, les chiffres parlent d’eux-mêmes : ce n’est pas une impression, mais une réalité objective – la pêche de loisir ne pèse presque rien dans l’effort total exercé sur le stock de maquereau. En 2025, les pêcheurs récréatifs ont prélevé environ 104 tonnes de maquereau sur la façade Atlantique ; cela représente seulement 0,65 % du total des captures professionnelles françaises pour cette espèce. À l’échelle européenne, cette contribution tombe à peine 0,0138 % des 755 000 tonnes pêchées, soit une proportion franchement infinitésimale par rapport à l’effort industriel ou international – et même 0,0035 % de la biomasse estimée du stock. Pire encore : sur la seule base des quotas distribués en 2024, deux navires-usines français disposaient à eux seuls d’environ 9 000 tonnes de quotas, soit près de 90 % de ce que capturent chaque année tous les pêcheurs récréatifs réunis !

« Une mesure lourde, visible, contraignante pour les pêcheurs amateurs, alors que son effet sur la ressource est pratiquement nul sur le plan biologique. »

Dans ce contexte, il faut être clair et sans concessions : un quota de 5 maquereaux par jour par pêcheur (voire une hausse à 10) n’a aucune efficacité biologique mesurable sur la dynamique du stock. Les pourcentages sont si faibles que même un changement de règle ne modifierait pas, de manière détectable, la mortalité ou la reconstitution du stock – qu’il s’agisse de 5, 10 ou plus. On se retrouve donc dans une situation absurde : une mesure lourde, visible, contraignante pour les pêcheurs amateurs, alors que son effet sur la ressource est pratiquement nul sur le plan biologique.

Passer de 5 à 10 maquereaux, cela revient à inscrire juridiquement la pêche récréative dans un effort de conservation qui, en réalité, la dépasse complètement ; à donner une légitimité réglementaire à une contrainte qui n’a aucun fondement scientifique solide.

Autrement dit, étendre le quota à 10 poissons par jour n’est pas une réforme : c’est la normalisation d’une erreur de principe. Cela détourne le débat des véritables leviers de conservation – comme la pression industrielle, la gestion des captures professionnelles et l’application stricte des TAC communautaires – pour focaliser l’attention sur un secteur dont l’impact est statistiquement marginal.

— Paul Le Pêcheur, pour le Comité 50


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