Accumulation des mesures : pourquoi agir ?

Action. Le Comité 50 souhaite, à son échelle, contribuer de manière constructive aux travaux et décisions engagés par les autorités nationales et européennes en matière de gestion des ressources halieutiques.


La pêche de loisir en mer concerne plusieurs millions de pratiquants occasionnels ou réguliers. Elle constitue, dans La Manche et sur tous les territoires maritimes, une réalité sociale transversale, intergénérationnelle. La pêche de loisir représente un impact économique significatif pour les territoires littoraux (activités nautiques, équipementiers, ports, tourisme, services). Si elle ne saurait être comparée en volume à la pêche professionnelle, elle mérite néanmoins d’être intégrée aux politiques publiques sur la base de données objectivées, proportionnées et transparentes.

Une accumulation de mesures qui appelle une vision d’ensemble

Ces dernières années, les pêcheurs de loisir ont intégré de nombreuses évolutions réglementaires :

  • renforcement des quotas et relèvement des tailles minimales ;

  • restrictions saisonnières sur certaines espèces ;

  • enregistrement obligatoire et déclaration des captures d’espèces sensibles (RecFishing) ;

  • évolutions fiscales impactant la plaisance (TAEMUP) ;

  • restrictions envisagées concernant certains matériaux traditionnels (plomb).

Pris isolément, chacun de ces dispositifs peut s’inscrire dans une logique de durabilité. Mais leur empilement progressif, sans évaluation consolidée de leurs effets cumulés, suscite des interrogations légitimes quant à leur cohérence globale et à leur proportionnalité.

Le cas du maquereau : un enjeu de méthode et de proportion

La limitation envisagée à 5 maquereaux par jour et par pêcheur constitue un exemple révélateur. Le maquereau est une espèce emblématique de la pêche familiale en mer. Dans le même temps, il s’agit d’un stock géré à l’échelle internationale, dont l’essentiel des volumes prélevés relève des flottilles professionnelles opérant en milliers de tonnes. À l’échelle individuelle, cinq maquereaux représentent environ un kilogramme de poisson. L’effet biologique d’une telle restriction appliquée à la pêche de loisir doit être apprécié à l’aune des ordres de grandeur réels. Les données scientifiques disponibles indiquent qu’un prélèvement de l’ordre de 8 à 10 individus par jour n’aurait pas d’impact mesurable sur le stock, d’autant qu’un pêcheur de loisir sort en moyenne un nombre limité de jours par an (données CIEM). La question posée n’est donc pas celle du refus de toute régulation, mais celle de la proportionnalité des mesures adoptées.

Une exigence de transparence et d’équité

Le Comité 50, qui se porte relai de la Confédération Mer & Liberté, considère indispensable que les décisions réglementaires reposent sur :

  • une évaluation publique consolidée de la part réelle des prélèvements récréatifs par espèce ;

  • une comparaison objectivée avec les volumes issus de la pêche professionnelle ;

  • une analyse de l’impact économique territorial de la plaisance ;

  • une appréciation cumulative des contraintes réglementaires et fiscales pesant sur le secteur.

Une gestion durable des ressources suppose l’adhésion des usagers. Cette adhésion ne peut être obtenue que par la clarté des données, la cohérence des décisions et l’équité entre catégories d’acteurs.

Pour une gouvernance partagée et responsable

Dans La Manche et sur l’ensemble des territoires, la pêche maritime de loisir :

  • contribue à l’économie des ports et des entreprises nautiques ;

  • soutient des milliers d’emplois indirects ;

  • participe à la transmission des savoirs maritimes ;

  • constitue un levier concret de sensibilisation au milieu marin.

La pêche de loisir, dans La Manche et ailleurs, ne peut être considérée comme une variable d’ajustement secondaire dans des équilibres internationaux complexes. Elle doit être intégrée dans une gouvernance équilibrée, fondée sur les faits et sur le dialogue.


L’avis du Comité 50

Dans cet esprit, le Comité 50, s’appuyant sur les travaux de la Confédération Mer & Liberté, sollicite :

  • le réexamen du quota de 5 maquereaux au regard des données scientifiques disponibles, avec l’hypothèse d’un plafond à 10 individus par jour ;

  • une cohérence des quotas appliqués à la pêche de loisir avec son poids réel dans les prélèvements ;

  • l’application des règlements européens sans surtransposition pénalisante ;

  • un moratoire sur l’interdiction du plomb en mer jusqu’à publication d’études comparatives indépendantes sur les matériaux de substitution ;

  • l’ouverture d’un débat transparent sur la place respective de la pêche de loisir et de la pêche professionnelle dans la gestion des stocks.

Le Comité 50, observateur et acteur d’un large territoire maritime, réaffirme sa volonté de participer aux concertations et d’apporter une contribution responsable aux politiques de transition maritime. La durabilité des ressources halieutiques est un objectif partagé. Elle doit cependant s’appuyer sur des décisions proportionnées, fondées sur des données objectivées et appliquées avec équité.


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